Une pédagogie « citoyenne »

L’approche Reggio Emilia est née il y a plus de 60 ans, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la ville de Reggio Emilia, au nord de l’Italie. Des parents s’étaient alors mobilisés pour créer une école qui donnerait à leurs enfants l’éducation et la pensée critique nécessaires pour être des citoyens engagés.

Un éducateur, Loris Malaguzzi rejoint à leur aventure, déterminé à offrir aux enfants « une école qui respecte leurs droits, leurs intérêts et leurs façons d’apprendre ».

L’approche Reggio Emilia relève plutôt d’une « philosophie » que d’un « modèle éducatif » à proprement parler : la philosophie reggiane perçoit l’enfant comme un être fort, citoyen à part entière, ayant des droits et responsable de ses apprentissages.

"The child has a hundred languages", Loris Malaguzzi

Une pédagogie « de projets »

L’approche reggiane est une approche par « projets » (versus l’approche par « programmation »).

Le curriculum est « émergent », façonné jour après jour par les intérêts manifestés par les enfants et par les opportunités offertes par l’environnement.

Le premier travail des enseignant.te.s est donc d’observer l’enfant, repérer ce qui attire particulièrement son attention et à partir de là, faire des liens avec les apprentissages (avec le programme de l’Education nationale ainsi que le développement de capacités propres à l’enfant).

Ils.elles identifient les projets naissants, leur offrent des « tuteurs » didactiques et les nourrissent pour que les enfants puissent faire l’expérience de multiples apprentissages.

Ainsi, grâce à un projet autour de « l’espace », les enfants peuvent faire l’expérience de la géographie, de la physique, de la géologie, de l’histoire, des mathématiques, du français, de l’expression orale, etc.

La place de la « créativité »

Une des autres caractéristiques de cette approche est de reconnaître que l’enfant est un être aux immenses potentialités et aux modes d’expression multiples.

L’enfant est un être aux « 100 langages » (expressifs, symboliques, communicatifs, cognitifs, imaginatifs, etc.) que les adultes doivent soutenir en mettant à disposition dans l’atelier du matériel permettant la libre expression artistique, symbolique, imaginative, etc.

Les enfants sont invités à s’exprimer, à expérimenter leurs langages et leurs sens : c’est le « processus » créatif qui compte, et non le résultat.

L’environnement comme « 3ème éducateur »

L’environnement est considéré comme un troisième « éducateur » : il convient de mettre à la disposition des enfants un milieu riche de découvertes et d’expérimentations, une large variété de moyens et de matériaux dont une grande part est recyclée, et un atelier d’art abondamment fourni.

L’environnement s’entend au sens large : l’extérieur, la ville, la nature, le cinéma, les musées, la bibliothèque, sont autant de lieux à investir pour les enfants.

Une approche « en construction perpétuelle »

L’approche reggiane invite les enseignants à se questionner en continu, à toujours continuer de faire évoluer leur pédagogie au fil des découvertes et des changements sociaux, à s’adapter continuellement à leur environnement.

Les écoles reggiannes de l’Italie du nord de 1950 ne constituent pas le même environnement pédagogique que celui de Bloom School dans la ville de Vincennes en 2021 !

Les enseignant.e.s sont des professionnel.le.s chevronné.e.s qui se forment en continu, se perçoivent comme des chercheurs sur les façons d’apprendre des enfants, acceptent l’incertitude. Ils sont des observateurs et des facilitateurs plutôt que des dispensateurs de savoirs. Ils se mettent au service de l’enfant et apprennent de lui en même temps qu’avec lui.